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Émotivité contre stoïcisme

John David Martin

Lamp and Light | jun 08, 2026

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Jésus a mis au défi les foules qui Le suivaient de réfléchir sérieusement au prix à payer pour être disciple et porter sa croix avant de s’engager dans la vie chrétienne.

Émotivité contre stoïcisme (PDF)

Un jour, Jésus a été abordé par des personnes qui avaient apparemment pris la décision spontanée de Le suivre. « Pendant qu’ils étaient en chemin, un homme lui dit : Seigneur, je te suivrai partout où tu iras. Jésus lui répondit : Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête. Il dit à un autre : Suis-moi. Et il répondit : Seigneur, permets-moi d’aller d’abord ensevelir mon père. Mais Jésus lui dit : Laisse les morts ensevelir leurs morts ; et toi, va annoncer le royaume de Dieu. Un autre dit : Je te suivrai, Seigneur, mais permets-moi d’aller d’abord prendre congé de ceux de ma maison » (Luc 9:57-61).

Les réponses de Jésus à ces engagements montrent que ces trois personnes ne pensaient pas vraiment au prix à payer pour être disciples. Le suivre voulait dire ne pas avoir de lieu de résidence fixe sur cette terre. Cela demandait de choisir Dieu avant sa famille, et il n’y aurait pas de retour en arrière possible. Dans Luc 14:28, Jésus a mis au défi les foules qui Le suivaient de réfléchir sérieusement au prix à payer pour être disciple et porter sa croix avant de s’engager dans la vie chrétienne. Il a dit : « Car, lequel de vous, s’il veut bâtir une tour, ne s’assied d’abord pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi la terminer [?] »

On pourrait probablement dire que les trois personnes qui voulaient suivre Jésus dans Luc 9 étaient des auditeurs émotionnels. Un auditeur émotionnel, c’est quelqu’un qui s’emballe vite pour un message qui fait bouger ou qui se laisse facilement convaincre par l’impressionnant témoignage d’un « croyant ». Sans vraiment réfléchir au prix à payer pour être disciple, il peut décider rapidement de devenir chrétien, mais, quand il se rend compte de la réalité et du prix à payer, il peut tout aussi vite faire demi-tour. On peut appeler ce type de comportement de l’émotivité. C’est un mode de vie basé sur des sentiments forts et une agitation mentale, mais sans réflexion à long terme. Le piétisme, en tant que mouvement religieux, se caractérise par des réactions émotionnelles sans engagement solide et durable, ce qui conduit souvent à une vie qui contourne les rigueurs de la croix. Jésus l’a exprimé ainsi : « Une autre partie tomba sur le roc : quand elle fut levée, elle sécha, parce qu’elle n’avait point d’humidité » (Luc 8:6). Il a ensuite expliqué la situation plus en détail : « Ceux qui sont sur le roc, ce sont ceux qui, lorsqu’ils entendent la parole, la reçoivent avec joie ; mais ils n’ont point de racine, ils croient pour un temps, et ils succombent au moment de la tentation » (Luc 8:13).

D’un autre côté, certains pensent qu’il est superflu de montrer ses émotions et préfèrent vivre leur vie sans faire grand cas de cela. On pourrait qualifier ces personnes de stoïques, c’est-à-dire de personnes qui semblent indifférentes aux émotions. Dans la culture grecque antique, les stoïciens étaient des membres d’une école de philosophie fondée par Zénon, et ils étaient connus pour leur indifférence au plaisir ou à la douleur. Si le stoïcisme n’est pas forcément une entité religieuse établie aujourd’hui, c’est un état qui influence la pensée religieuse.

Il est possible de voir le stoïcisme comme l’un des principes du fondamentalisme. Au début des années 1900, certaines Églises mennonites inquiètes ont essayé de contrer la frénésie émotionnelle provoquée par les puissants rassemblements de renouveau qui balayaient le pays. Dans leur zèle, elles se sont tournées vers le fondamentalisme, qui met plus l’accent sur les pratiques que sur les principes bibliques sur lesquels ces pratiques sont fondées. Elles ont aussi mis en avant l’autorité divine des dirigeants.

Ce choix a fini par calmer la frénésie émotionnelle, mais il a aussi fait basculer le pendule vers le stoïcisme, et les membres sont devenus « les gens tranquilles du pays » (Psaume 35:20). Tranquilles non seulement en public, mais aussi dans leur expression religieuse, au point qu’il devint mal vu de revendiquer une expérience vivante de nouvelle naissance ou de prétendre à une quelconque assurance du salut. Ainsi tempérée par un état d’esprit stoïque, la vivacité spirituelle a été réduite à une existence stoïque dans laquelle les membres individuels étaient laissés à eux-mêmes pour déterminer leur position spirituelle devant le Christ et l’Église.

Ni l’émotivité ni le stoïcisme, ces deux extrêmes, ne permettent d’atteindre l’équilibre spirituel de repos et de paix qui doit caractériser la vie chrétienne. Ces deux extrêmes ont semé la confusion chez certaines personnes consciencieuses. L’engagement à suivre Jésus peut être freiné par l’expression restrictive imposée par le stoïcisme et, d’un autre côté, il ne fait aucun doute qu’une profession de foi émotionnelle sans pratique zélée mènera à l’échec.

Examinons donc un autre terme, un terme biblique, qui parle d’une vie équilibrée. Ce terme est douceur.

On le trouve dans Philippiens 4:5 : « Que votre douceur soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche . » Le mot grec dont est tiré le mot douceur se traduit par modération et par patience. Comprenons avec une patience douce que c’est d’un cœur joyeux que jailliront des expressions de joie et de paix, tandis que nous resterons fermement ancrés dans la vérité de la Parole de Dieu.

Pour certains, la nouvelle naissance peut se produire doucement au fil du temps, alors qu’ils cherchent patiemment le Seigneur. Pour d’autres, elle peut se produire plus brusquement, mais toujours dans un ton doux d’amour. Cependant, tous ceux d’entre nous qui sont activement engagés à servir le Seigneur avec sincérité et vérité peuvent être assurés de la victoire et d’une demeure dans les cieux s’ils persévèrent patiemment dans la vérité. Ni l’exaltation émotionnelle ni l’effet étouffant du stoïcisme ne doivent entraver la vie de douceur dans le Seigneur. On en conclut qu’un peu d’émotivité équilibrée par une certaine dose de stoïcisme équivaut à un équilibre de douceur paisible.

— John David Martin (Kentucky)

“Emotionalism Versus Stoicism”
The Christian Contender, novembre 2025
Rod and Staff Publishers

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